Ouverture du Offscreen Film Festival : « Tokyo! »

La seconde édition du festival Offscreen a ouvert ses portes ce jeudi 5 mars, non pas en grande pompe (nous sommes au Nova) mais bien en grand nombre car c’est effectivement devant une salle comble que la joyeuse équipe du Festival nous a accueillis pour cette fête du cinéma décalé.

Et pour ouvrir le bal, les organisateurs ont choisi de présenter le film « Tokyo! », triptyque sympathique issu de la collaboration de trois grands noms du cinéma : Michel Gondry, Léos Carax et Joon-ho Bong. Ce film fait partie du module « First [off]screenings » qui inclut « des films remarquables mais à faible potentiel commercial » comme nous l’indique le programme de Offscreen. Et il y avait en effet quelque chose de remarquable dans ce « Tokyo » dont chaque séquence de plus ou moins 30 minutes nous fait découvrir de façon originale cette mégalopole de près de 13 millions d’habitants.

« Interior design » (Michel Gondry)

La première séquence est réalisée par Michel Gondry, jeune prodige du paysage cinématographique français contemporain qui débuta sa carrière comme clipeur pour Bjork, Rolling Stones ou encore Kylie Minogue. En 2001, il se lance dans la réalisation de longs métrages avec « Human Nature ». Suivront les très bons « Eternal sunshine of the spotless mind » (2004) ; « La Science des rêves » (2006) et tout récemment « Be kind, rewind » (2008).

« Interior design » est l’adaptation de la bande-dessinée « Cecil and Jordan in New-York » de Gabrielle Bell et nous raconte l’histoire d’un jeune couple qui essaye tant bien que mal de s’installer à Tokyo et de s’intégrer dans la société. Alors que le jeune homme réussi à trouver un boulot d’emballeur de paquets cadeaux (si, si, ça existe), sa compagne Ayako se sent fort inutile et sa seule tâche, à savoir trouver un appartement, se solde chaque fois par un échec. Mais un matin, Ayako se réveille avec l’étrange sensation d’avoir subi une métamorphose physique. Son nouvel état l’oblige à changer de vie, se rendant compte a quel point il était important pour elle de se sentir indispensable.

Une fable fantastique sur la place de chacun dans la société.

« Merde » (Léos Carax)

La filmographie de Léos Carax ne compte que quatre longs métrages : « Boy meets girl » (1983), « Mauvais sang » (1986), « Les Amants du Pont-Neuf » (1991) et « Pola X » (1999). Voilà dix ans que nous n’avions plus entendu parlé de lui. Il nous revient donc en toute grande forme avec cette « Merde » tout à fait délicieuse… et qui raconte l’histoire un peu extraordinaire d’une créature des égouts qui sévit dans les rues de Tokyo, semant la zizanie lors de ses sorties sous le seul prétexte qu’il n’aime pas les gens. Qui d’autre pouvait mieux interpréter ce monstre des égouts que Denis Lavant, acteur attitré de Léos Carax et dont le physique hors norme se marie parfaitement à ce personnage. « Merde » est très étrange, sans doute la séquence la plus décalée de ce triptyque qui, grâce à son ton résolument humoristique (étonnant pour Carax) apporte une touche originale à cette fable.

« Shaking Tokyo » (Joon-ho Bong)

Joon-ho Bong, le plus jeune des trois réalisateurs a déjà une filmographie très prometteuse : « Barking dogs never bite » (2000), l’excellent « Memories of murder » (2003) ou encore « The Host » (2006) qui a raflé de nombreux prix. « Shaking Tokyo » raconte l’histoire d’un hikikomori, une personne qui vit complètement isolée du reste du monde, retranchée dans son appartement depuis plus de dix ans et qui n’a plus croisé le regard d’une personne depuis tout ce temps. Mais un jour, un tremblement de terre et une livreuse de pizza (combinaison détonante, n’est-il pas ?) vont perturber la petite vie tranquille de cet homme puisqu’il se décide enfin à sortir de chez lui pour se rendre compte qu’il n’est pas le seul hikikomori et que les rues de Tokyo sont devenues complètement désertes. Cette séquence de ville abandonnée vous aura certainement rappelé celle vue dans « Kaïro » de Kiyoshi Kurosawa (dans lequel les habitants de Tokyo étaient tous poussés au suicide). Une fable poétique  sur l’isolement des êtres, un comble lorsque l’on est 13 millions…

L’ensemble de ces trois séquences font de « Tokyo! » un film vraiment délicieux, sans temps mort et très attachant. On comprend mal que ce film n’ait pas trouvé distributeur dans nos salles de cinéma qui proposent parfois d’autres (vraies) « merdes ». Espérons que ce film sera encore projeté au cours de divers festivals bruxellois ou autres… en attendant, si vous n’avez pas vu « Tokyo! », vous pourrez juste vous consoler avec la bande-annonce ci-dessous…

(autre chronique de ce film à lire ici)

Brigitte  Segers

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